Bunny Lake is Missing (Otto Preminger - 1965)
Un film d’une habilité purement démentielle dont la mise en scène joue subtilement et de manière insidieuse avec les perceptions du spectateur, ce qu’il croit voir, et ce qu’il ressent. Progressivement, on enlève une à une les couches de l’apparence, à l’instar du générique d’introduction prodigieux, signé Saul Bass, où des pages sont déchirées afin de ne révéler que ce que le réalisateur consent à nous montrer.
Le noyau de cette histoire est sordide, les personnages sont tous troublés et troublants, au mieux insolites, au pire monstrueux et névrosés (la cuisinière paranoïaque, le propriétaire lubrique, le spectral réparateur de poupées…). La directrice de l’école, Miss Ford, le dit : « ne pensez-vous pas que nous sommes tous plus ou moins fous ? ».
Au cœur de ce monde ambigu, ce qui est interrogé, ce n’est pas la disparition d’un enfant, mais plutôt les motivations de la tribu de personnages masqués qui gravitent autour de la fillette et leur progression dans ce chaos, avec des mouvements de caméra hyper fluides dans des plans longs qui déstructurent les intérieurs (l’immense maison et son jardin dont on entre et on sort un peu de tous les côtés, les différentes classes qui se superposent dans l’école jusqu’au toit et l’incongru grenier où habite la maîtresse des lieux qui écoutent les bandes audio des cauchemars des enfants…). Nous sommes les spectateurs de tous ces mouvements qui multiplient les points de vue, dans une sorte de flux inexorable et n’avons qu’une (in)compréhension morcelée des évènements, déchirés et perdus entre la réalité où seul est encré le personnage de l’enquêteur (immense Laurence Olivier) et les mondes parallèles crées par les autres protagonistes. Nous sommes témoins sans l’être vraiment, manipulés par Otto Preminger qui construit son monde sous nos yeux, qu’est-ce que le cinéma si ce n’est rendre réels les désirs d’un réalisateur ? Notons au passage à ce sujet la scène du bar et le pic glissé adroitement par Preminger qui règle ses comptes, où les informations sont coupées par la musique des Zombies, marquant la discontinuité du flot télévisuel et son manque de profondeur.
L’amour d’une mère pour son enfant triomphera-t ’il sur la folie ? Le personnage d’Ann parviendra-t ’elle à s’extraire de ce labyrinthe et s’extirper de l’emprise perverse de ce qui la ronge pour retrouver son existence ? La réplique finale de Laurence Olivier clôt ce cauchemar comme un poème.


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